2 octobre 2006

La lecture du proème à la lumière du dzogchen (suite 1)

"Seront donc un nom tout ce que les mortels..."


Pour en revenir à la citation précédente (en fin de post), les apparences n’ont donc qu’une réalité nominale ou conceptuelle. Non seulement les objets de notre pensée mais aussi de nos perceptions. Comment faut-il l’entendre ? Existe-t-il quelque chose à partir de quoi les mortels fabriquent les apparences en appliquant leurs concepts ? Et si oui qu’est-ce que c’est ?

Un peu plus loin dans le fragment commence le discours sur l’opinions des mortels :
"Les mortels ont en effet pris la décision de nommer deux formes, dont nommer une, il ne le faut, c'est en quoi ils ont erré". Ils ont séparé [les deux formes]..." (fr. 8, 54-55).
La Déesse ne veut pas dire qu'il faut garder l'une de ses deux formes (le feu ou la nuit) et rejeter l'autre. L'erreur des mortels consiste dans la séparation ou dans la dualité. Elle nous renvoie donc au discours précédent portant sur l’Etre.

Autrement dit tout se réduit à l’Etre. Les apparences aussi. Telles qu’elles nous apparaissent elles n’ont de réalité que nominales. Mais si nous pouvions les débarrassés de nos concept nous trouverions l’Etre.

Le dzogchen confirme cette manière de voir :
"La variété des phénomènes est non duelle / Et dans leur multiplicité même, les phénomènes individuels, sont dénués d'élaborations conceptuelles / N'allez donc pas penser "c'est ceci ou c'est cela" / Les apparences dans leur totalité sont toutes ultimement bonnes / Abandonnez l'attitude qui s'efforce de saisir / Et demeurez dans la spontanéité, laissant toute chose dans leur état naturel"
Les Six Vers du Vajra (trad. Philippe Cornu dans "La liberté naturelle de l'esprit" de Longchenpa, Seuil, 1994, p.126).
Ce texte remontant à Garab Dorje, est le premier texte dzogchen à avoir été introduit au Tibet par Vairocana.

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